Évènements - Nendo Galerie
Nendo Galerie présente Événements, une exposition personnelle de Patrick Loughran, où se mêlent quelques travaux anciens et de nouvelles œuvres d’une série exécutée à la Woodman Family Foundation, à Antella, près de Florence, où il fut, avec le peintre new-yorkais Robert Kushner, le premier artiste invité d’un nouveau programme de résidences dans ce qui fut la demeure italienne de Betty et George Woodman.
S’il est un principe essentiel de la sculpture, c’est la nécessité d’en faire le tour afin de pouvoir l’appréhender dans son ensemble. Dans le cas de l’œuvre de Patrick Loughran néanmoins, percevoir l’ensemble ne signifie pas en saisir l’entièreté.
Car son travail n’existe que dans sa multiplicité... de formes, de points de vue, de lectures ; un travail presque rétif à une perception globale en somme, qui se dérobe en même temps qu’il se découvre, tant il refuse de se laisser enfermer dans une seule image et met un point d’honneur à se dévoiler progressivement, par fragments, morceaux, plans, éclats d’émaux...
L’œuvre est ainsi faite que toujours elle se développe à partir du centre, du cœur, d’un noyau sur lequel vont s’agréger des excroissances, comme en réponse à un mouvement de développement centripète. La diversité de langage alors exprimée, la collision des formes et du vocabulaire, génèrent comme autant de révélations faites à l’œil et à l’esprit.
En outre, cette multiplicité des points d’entrée donne naissance à comme autant de petites saynètes, de micro-fragments narratifs, qui adjoints les uns aux autres ne forment ni un tout ni une grande histoire (jamais la messe n’est dite !) mais font de la diversité et de la confrontation un enchainement d’événements individuels qui chacun apporte aux autres en vue d’entretenir une dynamique globale. La notion d’événements induit également une dimension temporelle, tant collage et accumulation confèrent in fine un caractère presque suspendu à l’ensemble, pas arrêté, nullement figé ; comme si d’autres « événements » pouvaient potentiellement suivre, s’agréger à ceux existants et ainsi étirer l’œuvre dans l’espace et dans le temps afin d’étendre et d’entretenir sa portée conversationnelle.
Dans toute sa complexité, la sculpture de Patrick Loughran laisse aussi toujours entrevoir un goût pour un caractère domestique qui s’exprime à travers certains « événements », tels des fragments pouvant évoquer ici une anse, là un col ou une panse. De là cette passion pour le collage, cette nécessité de composer avec des bribes, qui revient à convoquer un utilitaire mutant permettant d’inscrire son travail dans une culture populaire de la céramique, à laquelle l’artiste reste fondamentalement attaché.
C’est d’ailleurs de terre rouge de Toscane, on ne peut plus commune là-bas, que sont faites les nouvelles œuvres produites en Italie. Certaines, d’ailleurs, ne sont pas entièrement émaillées afin de la mettre en exergue et de souligner son importance et la vitalité qu’elle insuffle.
Au-delà des « événements » provoqués par le Charivari ou le Saltimbanque – titres de deux œuvres d’ampleur issues de la résidence –, une dimension paysagère s’exprime également dans des travaux plus horizontaux, tous partiellement intitulés « Antella », en référence directe avec le lieu de la résidence. S’y expriment des réminiscences du printemps, du bâti environnant, du jardin et de la fulgurance des floraisons, dévoilant des couleurs peut-être plus franches et solaires qu’à l’accoutumée.
Tout se passe comme si dans le concentré d’une forme qui échappe se juxtaposaient des événements terrestres, des événements cosmiques, des événements de l’esprit... une multitude d’événements qui ne constitue pas un mais des mondes en quelque sorte.
Frédéric Bonnet
Nendo Galerie
14 septembre | 10 novembre 2023
31 Rue Sylvabelle, 13006 Marseille