Time Line nous invite à explorer les œuvres de Patrick Loughran, « potier urbain » voyageant à
travers le temps et l’espace. Dessins, sculptures, céramiques murales et assiettes en témoignent ici. Après avoir obtenu un diplôme en sciences politiques à l’Université de Columbia, il prépare un master en sculpture à l’école des Beaux-Arts de la même université. C’est dans le New York des années 70 qu’il s’installe à Manhattan dans un loft qui sera son atelier de production de vaisselle. Il se révèle alors un véritable technicien de la poterie. Vingt ans plus tard, son tour et ses fours l’accompagnent outre-Atlantique jusqu’à son atelier actuel en banlieue parisienne.
Influencé par le mouvement Arts and Crafts et par des artistes céramistes comme Peter Voulkos et Bernard Leach, Patrick Loughran rompt avec l’utilitaire en tant que tel pour créer des sculptures et établir un lien entre l’artisanat et l’art. Attaché au terme « potier » il en ouvre néanmoins la définition en se considérant comme céramiste, sculpteur et peintre ou artiste-potier urbain. L’œuvre de Patrick Loughran est complète et complexe. Il entend réunir la forme et la couleur, le dessin et la sculpture, l’urbain et l’organique. Il voit dans la terre un condensé de toutes les expressions plastiques. La terre comme matière à construire, modeler, assembler ; la terre comme forme utile, figurative, architecturale.
Le sens naît d’un geste, d’un trait, d’une ligne, une réponse à ce qu’il voit. Ses sculptures sont un jeu de construction et d’accumulation, d’utilisation de tous les outils de son atelier. Assemblage, collage, ajouts successifs de formes et cuissons multiples pour améliorer, changer ce qui précède. Dans une constante recherche, il utilise aujourd’hui trois couleurs de terre sur lesquelles il pose des engobes sur terre crue. Il pense et pose la couleur comme un peintre, se sert de ses erreurs, gratte, enlève, ajoute. Il fabrique ses émaux et retrouve ses recettes dans les carnets de recherche rédigés depuis le début de son activité.
L’improvisation est primordiale dans ses créations mais c’est dans son environnement proche, les paysages urbains qu’il traverse et ses résidences à l’étranger (Chine, Italie, Portugal, Inde, Mexique), que l’artiste puise son inspiration tout en gardant en mémoire la tradition potière. Cette dernière apparaît dans son approche sculpturale par fragment d’usuel. Ses clins d’œil à la céramique quotidienne sont comme soufflés par la vie et le temps qui passent. Le spectateur les retrouve par bribes, les devine, les ancre dans sa réalité.
Les sculptures de Patrick Loughran, inspirées entre autres des poteries folkloriques, offrent un voyage à la frontière des rues des cités empruntées par l’artiste et du rêve.
Chaque œuvre nous raconte un passé, un savoir-faire, un chemin parcouru. Time Line invites us to explore the works of Patrick Loughran, an “urban potter” traveling through time and space. Drawings, sculptures, wall ceramics, and plates bear witness to his wide-ranging journey.
ENG
After earning a degree in political science from Columbia University, he earned a master’s degree in sculpture at the School of Fine Arts there. In the exciting New York of the 70s, he settled into a Manhattan loft that became his pottery production workshop and developed his skills as a refined ceramics technician. Twenty years later, in 1991, his wheel and kilns accompanied him across the Atlantic to his current studio in the suburbs of Paris.
Influenced by the Arts and Crafts movement and ceramic artists like Peter Voulkos and Bernard Leach, Loughran breaks away from utility as such to create unruly sculptures and explore the territory linking crafts and fine art. Although he is attached to the term “potter,” he broadens its definition by considering himself a ceramist, sculptor, and painter, or an urban artist-potter. Loughran’s work is complete and complex. He aims to unite form and color, drawing and sculpture, the urban and the organic. He sees in clay a condensation of all artistic expression. Clay as a material to build, shape, assemble; clay as a functional, figurative, architectural form. Meaning arises from a gesture, a stroke, a line, a response to what he sees. His sculptures are a play of construction and accumulation, using all the tools in his studio.
Assemblage, collage, successive additions of forms, and multiple firings improve and transform what came before. Embarked on a constant quest, he now uses three colors of clay, applying slips on the raw material. He thinks and applies color like a painter, using his mistakes, scratching, removing, adding. He makes his own glazes and finds his recipes in research notebooks that he has compiled since beginning his practice.
Improvisation is crucial in his creations, but it is in his immediate environment, the urban landscapes he travels through and his residencies abroad (China, Italy, Portugal, India, Mexico) that the artist draws his inspiration, while always keeping in mind the great flow of ceramic tradition. This is reflected in his sculptural approach by fragments of the commplace. His nods to everyday ceramics are like whispers of life and time passing. The viewer glimpses them in snatches, guesses at them, fixes them in his own world. Patrick Loughran’s sculptures, inspired in part by folk pottery, offer a journey through the routes and frontiers explored by the artist–and to the realm of dreams. Each work tells us a story of the past, of skills and techniques and of many roads well traveled.
22 juin - 08 sept. 2024 Musée Théodore Deck 1, rue du 4 Février - 68500 Guebwiller